Textes en LA : Zazie

Texte 1 : 

Gabriel regarde dans le lointain ; elles, elles doivent être à la traîne, les femmes, c’est toujours à la traîne ; mais non, une mouflette surgit qui l’interpelle : 
 – Chsuis Zazie, jparie que tu es mon tonton Gabriel. 
 – C’est bien moi, répond Gabriel en anoblissant son ton. Oui, je suis ton tonton. 
 La gosse se mare. Gabriel, souriant poliment, la prend dans ses bras, il la transporte au niveau de ses lèvres, il l’embrasse, elle l’embrasse, il la redescend. 
 – Tu sens rien bon, dit l’enfant. 
 – Barbouze de chez Fior, explique le colosse. 
 – Tu m’en mettras un peu derrière les oreilles ? 
 – C’est un parfum d’homme. 
 – Tu vois l’objet, dit Jeanne Lalochère s’amenant enfin. T’as bien voulu t’en charger, eh bien, le voilà. 
 – Ça ira, dit Gabriel. 
 – Je peux te faire confiance ? Tu comprends, je ne veux pas qu’elle se fasse violer par toute la famille. 
 – Mais, manman, tu sais bien que tu étais arrivée juste au bon moment, la dernière fois. 
 – En tout cas, dit Jeanne Lalochère, je ne veux pas que ça recommence. 
 – Tu peux être tranquille, dit Gabriel. 
 – Bon. Alors je vous retrouve ici après-demain pour le train de six heures soixante. 
 – Côté départ, dit Gabriel. 
 – Natürlich, dit Jeanne Lalochère qui avait été occupée. A propos, ta femme, ça va ? 
 – Je te remercie. Tu viendras pas nous voir ? 
 – J’aurai pas le temps. 
 – C’est comme ça qu’elle est quand elle a un jules, dit Zazie, la famille ça compte plus pour elle. 
 – A rvoir, ma chérie. A rvoir, Gaby. 
 Elle se tire. 
 Zazie commente les événements :  
– Elle est mordue. 
 Gabriel hausse les épaules. Il ne dit rien. Il saisit la valoche à Zazie. 
 Maintenant, il dit quelque chose. 
 – En route, qu’il dit. 


Texte 2 : 

Debout, Gabriel médita, puis prononça ces mots : 
 – L’être ou le néant, voilà le problème. Monter, descendre, aller, venir, tant fait l’homme qu’à la fin il disparaît. Un taxi l’emmène, un métro l’emporte, la tour n’y prend garde, ni le Panthéon. Paris n’est qu’un songe, Gabriel n’est qu’un rêve (charmant), Zazie le songe d’un rêve (ou d’un cauchemar) et toute cette histoire le songe d’un songe, le rêve d’un rêvé, à peine plus qu’un délire tapé à la machine par un romancier idiot (oh ! pardon). Là-bas, plus loin – un peu plus loin – que la  place de la République, les tombes s’entassent de Parisiens qui furent, qui montèrent et descendirent des escaliers, allèrent et vinrent dans les rues et qui tant firent qu’à la fin ils disparurent. Un forceps les amena, un corbillard les remporte, et la tour se rouille et le Panthéon se fendille plus vite que les os des morts trop présents ne se dissolvent dans l'humus de la ville tout imprégnée de soucis. Mais moi je suis vivant et là s'arrête mon savoir car du taximane enfui dans son bahut locataire ou de ma nièce suspendue à trois cent mètres de l'atmosphère ou de mon épouse la douce Marceline demeurée au foyer, je ne sais en ce moment précis et ici-même, je ne sais que ceci, alexandrinairement : les voilà presque morts puisqu'ils sont des absents. Mais que vois par-dessus les citrons empoilés des bonnes gens qui m'entourent ?
Des voyageurs faisaient le cercle autour de lui l'ayant pris pour un guide complémentaire. Ils tournèrent la tête dans la direction de son regard. 

Texte 3 : chapitre XIX
ĉ
JOHANN TRUMEL,
4 févr. 2015 à 02:42
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